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L'envers du décor de «Sophia Antipolis»

Locarno Critics Academy

L'envers du décor de «Sophia Antipolis»

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A travers différentes histoires indépendantes les unes des autres, Virgil Vernier dresse dans Sophia Antipolis un portait sombre de la technopole au nom éponyme, située sur la Côte d'Azur.

En immergeant d'abord le spectateur dans un cabinet médical, le réalisateur laisse croire à un documentaire, comme les Bureaux de Dieu de Claire Simon (2008), qui décrivait le quotidien d'un planning familial. Ici, des jeunes filles souhaitent se faire opérer la poitrine. D'emblée, saisies dans des plans qui mettent en avant la beauté de leurs formes, leur décision de recourir à la chirurgie esthétique semble aberrante. C'est aussi envers le médecin qu'une critique se devine: si celui-ci commence par refuser d'accéder à leur requête, pour des questions déontologiques,  il finit par accepter, cédant pour des motifs pécuniaires.

On quitte ensuite la salle d'opération pour suivre le quotidien d'une jeune veuve asiatique, qui finira par fuir l'ennui confortable dans lequel elle est enlisée en acceptant d'intégrer un groupe ésotérique annonçant la fin du monde. Parmi les adeptes, une mère attendant le retour de sa fille disparue. Une rupture nous plonge ensuite dans l'envers du décor de Sophia Antipolis, sa vie nocturne et sa violence exacerbée, en compagnie d'une milice.

L'absence de lien profond entre les individus et de sens accordé à l’existence relie chacun de ces fragments. Dès lors, deux solutions s'offrent aux protagonistes: surinvestir l'importance accordée au corps, comme c'est le cas des jeunes filles désireuses de le transformer et des miliciens, qui s'adonnent à des entraînements sportifs extrêmes, à la jouissance facile et à l'agression du corps de l'autre.  L'alternative, adoptée par le groupe de fanatiques religieux, en est sa négation et la certitude d'une survivance de l'âme dans un monde extraterrestre.

La progressive descente dans l'enfer de la ville, comme si l'on commençait par nous présenter son côté artificiel pour mieux dénoncer ce qu'elle cache en sous-terrain, alterne avec des plans sur un soleil plombant qui renvoie les atrocités de la veille dans le silence de l'obscurité.

Sabrina Schwob
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